La rédaction

Jacques Augendre une légende au 55 Tours



Avec 55 Tours de France au compteur, Jacques Augendre est certainement le journaliste sportif connaissant le mieux la " Grande Boucle ", un monument qui, selon lui, devrait carrément être inscrit au patrimoine de l'UNESCO ! Rencontre avec la mémoire du Tour…

Jacques Augendre : la mémoire du tour
INFO : Jacques Augendre, parmi vos 55 Tours de France, lequel conservez-vous précieusement dans votre cœur ?
JACQUES AUGENDRE : Le choix est vaste mais il y en a quand même un auquel je tiens plus particulièrement. Le premier. C'était en 1949, j'avais 24 ans. Je venais d'arrêter le vélo, où je n'excellais pas pour " faire " le journaliste à " la libération ". C'est ainsi que grâce à une relation je suis rentré à l'Equipe qui venait de paraître en 1946. Je ne savais pas alors que j'y resterai jusqu'en 1965 ! Ce premier Tour de France fut donc pour moi comme un examen de passage. Et pour mon baptême, je fus gâté puisque c'est Fauto Coppi, le grand coureur de l'époque qui, pour sa première participation, le gagna. Il rapportera également le maillot jaune à Paris en 1952. Des souvenirs, j'en ai plein car les coureurs cyclistes sont des personnages, je ne sais pas s'il existe un sport qui en réunisse autant que dans le cyclisme !

I : Comment suiviez-vous le Tour ?
J.A : En travaillant 16 ans pour l'Equipe et 20 ans pour le Monde, j'ai dû suivre une vingtaine de Tours en moto, et le reste en voiture. Mais pas n'importe laquelle ! Quand j'étais à l'Equipe, ma moto était jumelée avec la voiture 101, la fameuse voiture 101 qui réunissait Pierre Chany (auvergnat de son état et considéré à l'époque comme le meil-leur journaliste de cyclisme), Michel Clare (grand  reporter à l'Equipe et ancien athlète) et bien sûr l'inénarrable Antoine Blondin, romancier et passionné de vélo. Ce qui fait que lorsqu'un des trois occupants de la voiture voulait prendre la moto, je me retrouvais assis aux côtés de Blondin, l'homme aux 500 chroniques, et qui, tous les soirs, écrivait des petits chef-d'œuvres ! C'est d'ailleurs lui qui a modifié l'expression journalistique en faisant des papiers qui sortaient vraiment de l'ordinaire.


 Le Tour 2005 au sortir d'Issoire
lors de la dernière venue de la course en Auvergne
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I : En quoi le Tour s'est-il transformé ?
J.A : L'ambiance n'est plus la même. Il faut savoir que juste après guerre, de 1947 à 1950, l'état major du Tour, à part Jacques Goddet, était des militaires. On se souvient notamment d'Elie Vermelinger, ancien militaire qui faisait la police sur la ligne d'arrivée et dont on disait " La voix de Vermelinger remplace 300 mètres de barrières " ! Il faut savoir aussi, que les journalistes, nous qui téléphonions nos papiers à l'époque, nous étions habillés avec des surplus américains, que les voitures suiveuses étaient des Jeep, et que même Jacques Goddet (directeur du Tour et de l'Equipe) s'était mis à l'unisson en adoptant carrément la tenue de l'armée des Indes avec une chemise kaki et un casque colonial… Ensuite, le Tour qui a pris plus d'ampleur avec l'arrivée des sponsors, est devenu plus mondain avec la création, dès les années 75, d'un village départ et la venue de célébrités en tous genres !

I : On dit que le Tour était misogyne, est-ce vrai ?
J.A : C'est exact à l'origine, le Tour de France était fondamentalement misogyne. Il n'y avait aucune femme au cœur du Tour sauf, si elles étaient journalistes avec carte de presse, et ce jusque dans les années 80. Ensuite, elles sont entrées dans l'organisation du Tour, en tant que responsable marketing, pub, ravitaillement, répartitions des voitures suiveuses… A ce propos, en 1964 et alors que les femmes étaient " interdites " dans le Tour de France, il y a eu un petit épisode marrant, justement dans la fameuse voiture 101. Car Chany, qui était très copain avec Dalida, lui avait promis


Anquetil- Poulidor, le duel de 1964 sur les pentes du Puy de Dôme. Un épisode passé à la postérité.
de l'emmener sur une étape. Alors, il lui avait mis une combinaison, une casquette d'homme pour dissimuler sa blonde chevelure et des lunettes noires. Et fit ainsi, presque toute l'étape au nez et à la barbe de Jacques Goddet. Ce fut une bonne partie de rigolade mais qui hélas, se termina mal. Car cette étape-là connut à une centaine de kilomètres de l'arrivée, un épouvantable drame, justement en Auvergne, au Pont de Crouze, je crois. Un camion de ravitaillement d'essence a raté un virage sur le pont et le public comme le camion sont tombés dans le vide provoquant une dizaine de morts.
 

I : Etes-vous nostalgique de ces années-là ?
JA : Un peu bien sûr. Je ne retrouve plus vraiment le cyclisme que j'ai tant aimé. Ce-lui qui faisait s'échapper des coureurs la fleur au fusil comme Bobbet, capable d'attaquer à 150 km de l'arrivée et qui prenait des risques. Ce panache-là, à la Cyrano, a un peu disparu.

I : Et Amstrong, n'avait-il pas ce panache ?
JA : Ce que je peux dire d'Amstrong c'est qu'il est le meilleur, et que ce type débar-quant du Texas a donné une grande leçon de cyclisme à la vieille Europe car il avait tout compris, qu'il se soit dopé comme certains le soupçonnent ou non. Il reconnaissait les parcours, il apprenait à monter les cols par cœur et avait maîtrisé tous les compar-timents de la compétition. Il possédait les qualités physiques, se préparait mieux que les autres, mettait au point une meilleure stratégie, une meilleure organisation d'équipe. Il a gagné 7 fois le Tour. CQFD.

Propos recueillis
par christine depeige


Les grandes heures du Tour en Auvergne



Stephen Roche en 1992. L'Irlandais a remporté cette année- là à La Bourboule.
CA n'est pas un amour exclusif mais une passion partagée, unanime. Chacune des régions de France, à l'exception peut- être de la Corse, régulièrement délaissée pour des raisons logistiques, vit une relation intense et durable avec le Tour. Le Tour de France, le tour des régions, le tour des détours et des retours, des coins et des recoins. Des montagnes et des plaines, des petits villages et des champs inondés par le soleil de juillet. L'Auvergne, en cette année 2008, bénéficiera d'une part impor-tante du tracé : quatre étapes, situées en première et en dernière semaine. De quoi déplacer les foules au bord des routes et ajouter de nouveaux épisodes à une déjà si longue histoire...
Celle- ci a évidemment son lieu emblématique. Celui qui lui a donné ses lettres de noblesse et ses plus belles pages : le Puy de Dôme dressé au dessus de la ville de Clermont. Le Puy de Dôme, ça n'est évidemment pas l'Izoard, ni le Ventoux. Pas même l'Alpe d'Huez en terme de difficulté. Pourtant, la montée est si sèche, si brutale, si pen-tue qu'elle a donné lieu à d'inoubliables passes d'arme. A l'image du fameux duel An-quetil- Poulidor en 1964 lors du plus beau Tour de France de l'histoire.
De Puy de Dôme, il n'est pas encore question en 1951 lorsque le Tour fait étape à Clermont, en provenance de Limoges. C'est sur le vélodrome municipal que se dispute l'arrivée. Raphaël Géminiani, le coureur local, n'a pas caché son intention de gagner. Dans ces conditions, il est difficile de tromper la vigilance du peloton. Pourtant à 70 km du terme, " Le Grand Fusil " part en contre derrière l'échappé Mirando et le déborde inexorablement, franchissant en tête les cols de la Moreno et de Ceyssat avant de dé-valer dans la descente du Cratère et de filer vers le vélodrome. Un véritable exploit athlétique.
Un an plus tard, " Gem " a bien l'intention de faire coup double, cette fois, au som-met du Puy de Dôme. Offensif comme toujours, il attaque dans le col de Diane mais est vite repris par les ténors de la course. Sa nouvelle tentative, au pied de la montée fi-nale, propulse trois hommes en tête : Bartali, Nolten et lui- même. C'est pourtant un quatrième larron, en l'occurrence Fausto Coppi qui va tirer les marrons du feu. Venu de l'arrière, le " Campionissimo " déborde ses rivaux et s'envole irrésistiblement vers le sommet pour demeurer à jamais le premier vainqueur du " Géant d'Auvergne ".


Duel et coup bas sur la montagne


En 1964, le Puy- de- Dôme pointe son sommet à deux jours de l'arrivée à Paris. Si Jacques Anquetil possède le maillot jaune, Raymond Poulidor, malchanceux à plusieurs reprises, a dans l'ensemble dominé la course. Séparé de 56 secondes du Normand au classement général, il doit abattre son ultime carte sur les pentes du mont auvergnat devant 500.000 spectateurs. Dans l'ascension, les deux hommes sont au coude à coude alors que le grimpeur espagnol Julio Jimenez a placé une banderille. On attend l'attaque décisive de Poulidor. Mais elle ne vient pas… Et quand enfin, le Limousin démarre à 1km de la ligne, il est déjà trop tard. Finalement, Poulidor reprend 42''et échoue à 14''du maillot jaune. On apprendra plus tard qu'Anquetil était au point de rupture tout au long de la montée…


 Rolf Sörensen, le dernier vainqueur à Superbesse en 1996.
Cinq années plus tard, Eddy Merckx a pris le pouvoir et le Tour fait à nouveau étape au Puy- de- Dôme. Le Belge a écrasé la course et l'on peut s'attendre à une bataille de dauphins. A Bordeaux comme à Brive, l'avant- veille et la veille, l'Anglais Barry Hoban s'est imposé. Alors que la chaleur règne sur la Corrèze, le dernier du classement, un certain Pierre Matignon s'échappe. Avec la bénédiction d'un peloton complice, tout heureux de souffler, il accumule les minutes d'avance. Et c'est avec un matelas confortable qu'il s'élance à l'assaut du vieux volcan. Au sommet, la victoire de la lanterne rouge est saluée avec un mélange de sympathie et d'ironie…
En 1975, la bêtise humaine va triompher sur les pentes du Puy- de- Dôme. Eddy Merckx, le " cannibale " a triomphé à cinq reprises dans la Grande Boucle. Mais son déclin est proche… Cette fois, on le sent en grande difficulté face aux salves répétées des grimpeurs, Zoetemelk, Van Impe, Thévenet, Gimondi…Alors que son compatriote Lucien Van Impe s'en va cueillir le succès, Merckx est frappé par un spectateur à 200 mètres de l'arrivée. Le souffle coupé, le champion belge, qui porte encore le maillot jaune franchit néanmoins la ligne d'arrivée mais les effets de ce coup bas se feront sentir à la fois physiquement et moralement. Quelques jours plus tard, Bernard Thévenet fera définitivement tomber Merckx de son piédestal pour s'offrir la première de ses deux victoires…
Superbe photo que celle du peloton longeant à vive allure les eaux calmes du Lac Chambon avant d'entamer l'ascension vers La Bourboule. En 1992, la ville thermale, qui revendique sa fibre cycliste, accueille son arrivée d'étape et compte offrir la meil-leure des images. Hélas, dès les premières altitudes, une brume épaisse s'abat sur la course. Les innombrables spectateurs devinent difficilement la silhouette des cyclistes sur la route ; quant aux téléspectateurs, loin de s'ébahir devant la beauté du site, ils en sont réduits à un plan fixe de la ligne d'arrivée. Soudain, un coureur, portant le maillot de la Carrera, se glisse, tel un fantôme, vers la ligne : c'est Stephen Roche, l'ancien vainqueur du Tour (1987) qui a lâché ses rivaux et sort du brouillard. Au propre comme au figuré car l'Irlandais, au soir de sa carrière, n'a plus gagné depuis longtemps.


Superbesse déjà


Pascal Richard l'a emporté au Puy- en- Velay. Le lendemain, cette édition 1996 em-prunte le superbe tracé de l'étape Le Puy- en- Velay- Superbesse par les cols du Livra-dois, au dessus d'Ambert, la plaine d'Issoire puis les contreforts du Sancy avant l'ultime côte sur la station de sports d'hiver. La bataille éclate dans le col des Fourches et, bientôt, un groupe hétéroclite se retrouve à l'avant. La côte de Saint- Anastaise va éparpiller les hommes et faire la décision. Au sein du quatuor de rescapés, c'est le Danois Rolf Sörensen, l'un des meilleurs coureurs de classique de ces vingt dernières années (Liège- Bastogne- Liège, Tour des Flandres, Paris- Tours, Paris- Bruxelles, Grand- Prix de Francfort etc) qui va chercher la victoire au sommet de Super- Besse. Il domine Richard Virenque, Luc Leblanc et le plus anonyme Portugais Rodrigues…
Le tout dernier épisode date de 2005, lorsque la ville d'Issoire, tirée à quatre épingles, se transforme en ville départ d'étape. Le peloton quitte la sous- préfecture du Puy- de- Dôme, avec Lance Armstrong en jaune, pour se précipiter sur les contreforts du Livradois. Plus tard, il franchira les pentes du col des Pradeaux au dessus d'Ambert et quittera le département à Viverols. Depuis il n'y est pas revenu…Mais son retour, désormais, ne saurait tarder.


Marc FRANÇOIS.


Tour 2008 : quatre jours dans la région Le Tour 2008, qui a débuté samedi dernier à Brest, fera donc la part belle à la région Auvergne avec pas moins de quatre étapes sillonnant son territoire. Dès cette semaine, la première de la course, les départements du Puy- de- Dôme, du Cantal et de Haute- Loire seront à l'honneur lors de deux étapes de " moyenne montagne " qui pourraient influer sur un classement général encore fragile. Jeudi 10 juillet, la 6ème étape amènera les coureurs d'Aigurande (Indre) à Superbesse, en empruntant les pay-sages de la Creuse. Au programme : les côtes de Bellegarde- en- Marche et de Crocq (4ème catégorie) puis le difficile Col de la Croix- Morand culminant à 1401 mètres d'altitude (2ème catégorie) avant la sévère montée vers la station de ski. Un parcours idéal pour des escarmouches. Superbesse a déjà accueilli à deux reprises des arrivées d'étape, avec les victoires de Wellens en 1978 et Sörensen en 1996. Beau parcours également le lendemain entre Brioude (Haute- Loire) et Aurillac (Cantal), par les cols de la Fraisse (3ème catégorie), la Côte de Villedieu (4ème catégorie), le Col d'Entremont (2ème catégorie) et le Pas- de- Peyrol, à 1588 mètres(2ème catégorie). Le Tour s'éloignera ensuite de la région pour plonger vers le sud, avant d'y re-venir en toute fin d'épreuve pour une étape Roanne (Loire)- Montluçon (Allier), le 25 juillet, tracée à travers les routes de la Montagne Bourbonnaise et traversant Saint- Pourçain et Néris- les- Bains. Enfin à la veille des Champs- Élysées, le contre- la- montre Cérilly (Allier)- Saint- Amand- Montrond (Cher), sur 53 km, devrait fixer définiti-vement les positions.


 
Article paru le 2008-07-07