Saint-Pourçain Le vin enfin consacré par l'AOC
Il y a un mois l'INAO a accordé une AOC au vin de Saint-Pourçain après vingt-sept ans de procédure.
Le vin de Saint-Pourçain joue désormais avec les grands. Comme le Beaujolais, le Riesling d'Alsace ou le Saint-Emilion, le vignoble bourbonnais vient d'obtenir la plus belle des reconnaissance en intégrant le club des vins à appellation d'origine contrôlée (AOC). Pour devenir le premier vin d'Auvergne à bénéficier de cette appellation, la route fut longue et parsemée d'embûches. Ce n'est qu'à force de persévérance et d'acharnement que vignerons et viticulteurs saint-pourçinois voient enfin leur travail reconnu. " C'est vrai que depuis 1984, je suis passé par des hauts et des bas. J'avais bon espoir pour cette année, même si on est toujours un peu dans la mesure." raconte Jean-Marc Josselin, président de l'Union des vignerons Saint-Pourçinois. " Nous avions beaucoup travaillé sur le dossier, si cela avait été non, je n'aurais pas compris ", complète Corinne Laurent, présidente du syndicat des vignerons indépendants.
Une joie non dissimulée qui clôt une procédure débutée en 1982. " Nous avons d'abord dû mettre en œuvre une nouvelle délimitation parcellaire. L'aire était très étendue et le vignoble faisait jusqu'à 9000 hectares. Celle-ci a été acceptée par l'INAO (Institut National de l'Origine et de la Qualité). La commission qui passe tous les quatre ans nous avait également demandé de travailler la qualité des vins, qui était hétérogène. Nous avons fait un gros effort sur la vinification en installant des cépages qualitatifs. En 1994, lorsque nous avons déposé le dossier de nouveau, la norme de 4000 pieds par hectares était imposée. Or, depuis les années 1970, nous étions passé à 3300 pieds par hectare pour mécaniser plus le travail de la vigne. Le vignoble était jeune et la date butoir qui nous était impartie, pas raisonnable. C'était un non-sens économique et qualitatif car il faut entre vingt et quarante ans pour avoir des vins de qualité. En 2000, nous n'avons pas trouvé d'accord avec les responsables de l'INAO concernant cette restructuration. Cette année, un compromis a pu être trouvé. ", racontent d'une même voix Corinne Laurent et Jean-Marc Josselin.
Contrôles et contraintes
La restructuration du vignoble devra être achevée d'ici à 2045 avec différents paliers fixés à 25% effectués en 2015, 50% en 2025, 75 % en 2035. Corinne Laurent estime qu'aujourd'hui 20% du vignoble est conforme aux normes de 4000 pieds par hectare. L'obtention de l'AOC s'accompagnera également de contrôles relatifs à la production, actés par les viticulteurs dans un plan d'inspection, validé par l'INAO. Si les contraintes seront minimes pour les adhérents de l'Union des Vignerons, qui vinifient le raisin en coopérative et qui s'étaient déjà imposés des règles strictes, elles seront en revanche plus lourdes pour les 18 indépendants : " Nous aurons un contrôle dans les caves que les autres n'auront pas. Cela risque donc d'être un peu plus lourd mais, cela ne va pas modifier notre façon de travailler. L'organisme, qui, suite à la reforme des appellations, sera désormais externe au vignoble, - nous avons choisi AUCERT - fera un contrôle par produit et par producteur par an. Mais ils ne contrôleront que les conditions de production, pas la qualité. C'est un peu paradoxal, mais le produit est secondaire. ", détaille la présidente de leur syndicat. Les producteurs souhaitent toutefois maintenir des contrôles internes pour la qualité des vins. Tous les ans, une commission de vignerons se réunit et goûte à l'aveugle les vins de chaque producteur.
Et le client, là dedans ?
Le client sera-t-il sensible à cette nouvelle appellation ? Là est bien la question. Une récente enquête du CREDOC vient en effet de montrer que pour les consommateurs, un vin AOC n'est pas forcément gage de qualité ou de respect de la tradition. " Pour la commercialisation nous sommes encore dans l'inconnu. Ca va peut-être augmenter les ventes mais pour le moment je n'en suis pas sûr, car une crise viticole perdure dans les appellations. ", s'inquiète Jean-Marc Josselin. Si l'incertitude domine quant aux attentes des consommateurs français, plus enclins à la nouveauté et à la découverte, les vignerons saint-pourcinois comptent sur l'AOC pour se faire une place à l'international, comme l'explique Corinne Laurent : " Sur certains pays, comme la Belgique, les Pays-Bas, cela pourra effectivement nous aider, car ils font de l'appellation une condition sine qua non. Cela ne va pas, non plus, être tout rose mais au moins on agit." La grande distribution pourrait également prêter plus facilement ses linéaires aux crus bourbonnais. Trois lettres pour redorer une image. Reste à savoir si cela sera suffisant dans un secteur viticole en pleine gueule de bois.
Cindy ROUDIER
|
Quelques chiffres :
Le vignoble saint-pourcinois occupe 600 hectares et se répartit sur 19 communes. Dix-huit caves particulières et une coopérative qui regroupe quatre-vingt vignerons produisent du blanc (Tresallier), du rouge (Gamay et Pinot noir) et du rosé. Depuis 1951, les vins étaient classés en Vin de Qualité Supérieure (VDQS). La cuvée 2009 portera la mention AOC, pour les trois couleurs : " ce qui assez rare ", se réjouit Jean-Marc Josselin.
|
|
Aimez-vous le vin de Saint-Pourçain ?
Catherine, 27 ans, consultante en recrutement
Oui, surtout le blanc. Le vin de Saint-Pourçain, qui a parfois mauvaise réputation, concurrence certains autres bons vins. Certaines caves parviennent à diversifier leur production et cela contribue à moderniser l'image de ce vignoble.
Gilles, 51 ans, professeur des écoles
Je trouve que le vin n'est pas trop mauvais par rapport à d'autres. Le Saint-Pourçain n'était pas terrible il y a vingt ans mais il devient de mieux en mieux. Je pense d'ailleurs que l'attribution de l'AOC va encourager les viticulteurs à s'améliorer encore.
Jean, 46 ans, agent ERDF
Je suis un grand amateur de vins sans préférence particulière. C'est mon amie, originaire de l'Allier, qui m'a fait découvrir ce vignoble que je ne connaissais pas. C'est un vin que j'apprécie beaucoup. Il vient d'obtenir l'AOC, c'est une belle récompense et c'est amplement mérité
|
|