ZAPPING Chroniques de la semaine DE STEPHANE FELIX "
La semaine dernière, j'ai eu onze ans. Carbone 14 de ma mémoire, Mitterrand à l'Elysée et le bruissement de la forêt de Comodoliac se sont télescopés avec une actualité qui n'attend plus qu'une seule chose : partir en vacances ".
De la rue Lucien-Dumas recouverte de feuillages, émergent des pages en tu-niques bleu de France, des gardes suisses en grand uniforme, un Christ portant sa croix et mille cinq cents autres figurants qui, à pas lents, remontent le cours de l'histoire dans les rues de Saint-Junien. Tous les sept ans, le faste des ostensions transforme la cité gantière en un immense théâtre où se jouent, devant des dizaines de milliers de spectateurs, quelques chapitres de la chrétienté.
Hésitant entre le profane et le sacré, entre le cortège bariolé et la procession silen-cieuse, le rituel est immuable. A hauteur d'enfant, trottinant derrière Blanche de Castille, la main serrée autour du sceptre de Saint-Louis par crainte de l'échapper, l'instant semble ne jamais devoir finir. Et il ne finira pas.
Guerre des symboles
Il y aura toujours la nostalgie d'un âge d'or embué de souvenirs collectifs : une rose au Panthéon, un TGV orange, un minitel marron. Il y aura, aussi, des grandes vacan-ces qui s'étireront paresseusement, laissant derrière elles le centenaire de l'école de Jules Ferry, remis au goût du jour sur fond de laïcité. Calotte ou burqa, la guerre des symboles aura toujours lieu, dans un pays où rien ne s'apaise avec le temps et où la disparition du secrétariat d'Etat aux droits de l'homme peut être phagocytée par la nomination d'un ministricule au patronyme prestigieux.
En 81, l'été commençait bien. Nulle raison que cela change aujourd'hui, même si tout nous paraît un peu plus petit, sans doute parce que nous sommes un peu plus grands.
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