Yves Renou " Nous espérons une production de vingt tonnes par an "
Il a foncé bille en tête pour réaliser son rêve de gosse. Yves Renou, éditeur de jeux de société, a repris la dernière fabrique en Europe de billes en terre.

Je fais les choses comme ça, motivé par le risque et le challenge...".
|
INFO.- Pourquoi avez-vous craqué pour cette fabrique de billes en terre ?
YVES RENOU.- Un coup de cœur. Je connais Claude Desbois le gérant, il était malade, voulait vendre. Comme je suis fou et inconscient nous avons réfléchi très vite avec ma femme. J'ai passé mon enfance à jouer aux billes, j'ai un gros attachement pour ce jeu, la visite de l'atelier dans la Drôme nous a convaincus. C'est la dernière fabrique en Europe, les machines appelées coucourdes datent de 1940. Il a repris, en 1999, l'ancienne usine Barral fondée en 1876 et fermée en1984 à cause de la concurrence chinoise. La bille en verre a tué la bille en terre.
I.- Relancer un produit c'est un sacré challenge ?
Y. R.- Nous comptons sur le côté nostalgie, une fabrication artisanale 100 % française et une grande variété de couleurs pour relancer ce produit authentique. Depuis mars, nous proposons plusieurs centaines de références, des billes mouchetées, nacrées, pailletées et traditionnelles, tout est possible au niveau couleurs. Nos billes sont disponibles dans les magasins de jouets, au Bon Marché à Paris, chez Botanic, etc... Nous envisageons une diffusion par les buralistes, l'objectif est de distribuer en direct. Nous avons également une gamme de billes de décoration intérieure pour les pots de fleurs et extérieure pour les massifs référencées chez Gamm Vert. C'est un gros pari, nous espérons une production de 20 tonnes par an.
I.- Vos billes sont-elles bien accueillies par les enfants ?
Y. R.- Nous sommes surpris car on se demandait si les enfants seraient attirés par la bille en terre et la réponse est oui. Les responsables de magasins nous appellent pour être réapprovisionnés, ils sont dévalisés par vagues, les enfants rachètent des billes en terre alors que le produit avait disparu des cours de récré. On peut parler de renouveau. Les écoles appellent pour visiter l'atelier, les travaux étant terminés, l'atelier est ouvert à tous les mercredis. Un magasin attenant ouvrira le mois prochain. Nous avons prévu de créer un parc à billes à côté pour que les gens jouent après la visite, l'ouverture n'est pas arrêtée, fin 2009 ou printemps 2010.
I.- Vous avez lancé un premier jeu de société, la Baccade, en 1999, le cochon Cul Noir a-t-il été sauvé ?
Y. R.- Le but était de faire connaître cette race, c'est fait, le cheptel est passé de 20 mères à 400, le jeu a donné une image positif au Cul Noir. Il s'est vendu à 80 000 exemplaires. Je pensais que ce serait un feu de paille d'où la dérision du nom de ma société Paille Edition, on a été surpris du succès rapide. J'en avais assez de mon métier d'agriculteur il avait changé, je m'ennuyais, j'ai créé ce jeu juste pour voir car j'aime l'aventure.
I.- Que pense Yves Renou agriculteur de Yves Renou l'éditeur ?
Y. R.- Je fais les choses comme ça, motivé par le risque et le challenge. Pour montrer aussi à nos enfants que l'on peut ouvrir des portes même si on nous dit qu'elles sont fermées. Quand j'en ai eu marre de l'agriculture j'avais dit à ma femme " dans un an je ferai un autre métier ". Il me faut la passion pour avoir l'énergie et l'envie de me lever chaque matin avec bonheur.
Propos recueillis par
Corinne Mérigaud
Photo © Yves Dussuchaud .
|
CV express
1975
Lycéen en Terminale D'(agriculture)
1981
S'installe comme exploitant agricole au Vigen
1999
Sortie du premier jeu La Baccade tirés à 7 000 exemplaires
2002
Sortie du deuxième jeu Fais pas l'âne
2004
Robin des Bois, un jeu pour faire connaître l'association humanitaire Acted
2009
Soixante jeux édités dont certains par d'autres éditeurs, distribution dans sept pays, ouverture de l'atelier de billes à Saint Maurice-les-Brousses .
|
|