|
Homosexuels : Différence et indifférence
Alors que le Portugal vient de légaliser le mariage homosexuel, la France demeure toujours à la traîne. PACS, adoption, intégration et reconnaissance… Rencontre avec des couples homosexuels de Haute-Vienne.
Certains l'auront oublié bien vite : en France, la dépénalisation de l'homosexualité (passible de la peine de mort dès le VIè siècle) est récente… datant de 1982. Et l'OMS retire l'homosexualité de la liste des maladies mentales en mai 1990 !
Accepter et assumer…

Ideline, Marion, Frédéric, et Pierre : l'homosexualité n'est pas un choix, c'est une question d'amour… |
Aujourd'hui, avec la libéralisation des mœurs et le " coming out " de personnalités publiques, être homo n'est plus une honte, un déshonneur ou un scandale, dans l'Hexagone comme… à Limoges.
Ideline, 37 ans, et Marion, 33 ans, sont en couple depuis six ans. Travaillant respectivement comme responsable de salle dans la restauration et afficheur-promoteur de presse, elles témoignent.
" Mon homosexualité a été très bien acceptée par mon employeur et par les autres employés. Je ne le cache pas et tout le monde est tolérant ici… ", raconte Ideline. Si elle apparaît maintenant comme une jeune femme épanouie, le cheminement a été long.
" Il faut le réaliser, l'accepter, s'accepter, l'assumer et assumer le regard des autres, le dire…, décrypte-t-elle. Ma famille est formidable. Elle ne m'a jamais jugée. Mes frères et sœur ne m'ont jamais tourné le dos. Pour mes parents, cela a été un peu plus dur. Ils se sont remis en question… ".
Même son de cloche pour Marion : Mes parents sont géniaux. Pour ne pas me perdre, ils auraient accepté n'importe quoi…".
Ne plus tricher…
Frédéric, 41 ans, et Pierre, 47 ans, sont un " vieux " couple, puisqu'ils se connaissent depuis 1989.
" Ma mère adore Fred. Si je le quittais, elle aurait vraiment de la peine, car au-delà de l'aspect garçon ou fille, elle apprécie Fred pour ce qu'il est. L'homosexualité n'est pas un choix, c'est une question d'amour, ce sont des choses que tu ressens en toi… " confie Pierre.
" J'ai essayé de gommer ce qui n'était pas conforme à l'ensemble des gens. Mais à un moment donné, tu ne peux plus tricher. Au-delà des autres, l'histoire d'amour est là… et c'est le même déchirement quand il y a une séparation… " analyse Frédéric.
A Limoges…

Yann : " L'aspect communauté gay ne m'intéresse pas… " |
Si les grandes villes sont synonymes d'anonymat et d'indifférence, Limoges et sa taille humaine, n'est ni " gay-friendly " ni homophobe. Les couples homosexuels y vivent naturellement, sans exubérance mais aussi sans secret.
" Nous vivons " normalement ". Nous faisons nos course ensemble, nous sortons dans des lieux publics…, souligne Marion. Je n'ai jamais eu à subir d'actes homophobes, juste des rumeurs pendant mes études qui finalement ont fait plus de mal qu'autre chose… ".
" A Limoges, l'homosexualité est globalement bien acceptée. Nous sommes tous les deux impliqués dans la vie politique, associative… et nous ne nous cachons pas. Si la question m'est posée, je réponds franchement. Je crois que nous avons dépassé un certain nombre de blocages dans la société actuelle. Nous n'avons plus les mêmes problématiques qu'il y a 30 ans… "
Homophobie…
" Les homos " s'affichent " davantage ", souligne Frédéric, précisant toutefois par rapport aux démonstrations de tendresse en public, comme les baisers : " Ça me gênerait un peu. Je n'en ai pas besoin pour montrer que Pierre est mon copain… ".
Pour lui, il s'agit plus d'une question d'éducation que la peur du jugement des autres, ni de propos injurieux qu'il n'a d'ailleurs jamais eus, " juste quelques piques de gens qui cherchent à me mettre mal à l'aise ", note-t-il.
Pierre nuance : " Je n'ai jamais eu à subir d'actes homophobes, même si je ne sous-estime pas que cela peut exister ici comme ailleurs. S'ils sont de moins en moins nombreux, ils sont, en revanche, plus violents. Les homophobe sont " dérangés " par les homosexuels car cela les renvoie à leur propre image. Ainsi, ils accepteront mieux un homosexuel très efféminé… ".
Pas de communauté gay…
Yann, 37 ans, professeur de physique, vit avec François, depuis 4 ans. Depuis moins de deux ans, ils ont quitté la région parisienne et ont emménagé à Saint-Priest-Ligoure :
" Tout se passe bien, tant avec nos voisins que notre propriétaire, ou encore le maire. Dans le village, il y a un couple de papy et mamy de 80 ans, qui vendent des œufs. Lorsque je m'y suis rendu, ils m'ont interrogé sur mon épouse. J'ai répondu que j'avais un compagnon. Il n'y a pas eu de souci… "
Quand on lui parle de " communauté gay !", qui est quasi-inexistante à Limoges, il tique un peu, et en premier lieu sur le premier terme :
" L'aspect communautaire ne m'intéresse pas. Je mène ma vie professionnelle, personnelle ou publique de la même façon. Quand je suis avec François, si j'ai envie de lui tenir la main, je le fais. J'ai la même attitude qu'un couple hétéro. Quand je sors, je n'ai pas envie d'aller dans un bar gay, mais plutôt d'aller boire un coup dans un bar sympa ou un restaurant où l'on mange bien… ".
PACS insuffisant ?…
Ideline et Marion se sont pacsées il y a un an pour officialiser les choses et pour se protéger, tout comme Frédéric et Pierre, qui ont été l'un des premiers couples homo à se pacser à Limoges en 2000.
Pour Fred, " afin de parvenir à casser le semblant de ghettoïsation des homosexuels, il faut nous placer sur le même plan. Or administrativement, il y a encore des différences. Par exemple, en cas de disparition, un acte notarial est nécessaire… ".
Pierre est plus précis : " Tout d'abord, il y a un manque d'égalité entre le mariage et le PACS, qui se signe au tribunal et non à la mairie… ".
Une position partagée par Yann : " A l'instar de certaines mairies comme Montpellier ou Bobigny, le PACS pourrait se signer à l'Hôtel de ville avec une cérémonie symbolique, comme les parrainages républicains. Il suffirait d'une délibération municipale… ".
Lors de sa campagne pour les présidentielles, Nicolas Sarkozy avait avancé : " Je suis donc pour une union civile homosexuelle qui ne passe pas par le greffe du tribunal d'instance, mais par la mairie. Cette union civile, à la mairie, entraînera une égalité fiscale, sociale, patrimoniale totale avec les couples mariés, qui ira, par exemple, jusqu'au droit à la pension de réversion pour le conjoint homosexuel… ".
Le passage à l'acte se fait attendre…
Améliorations notables
Depuis sa création en 1999, le PACS a connu quelques améliorations notables (droits fiscaux, mode d'enregistrement, régime des biens, reconnaissance des partenariats étrangers semblables au pacs, transmission du capital décès au partenaire pacsé d'un fonctionnaire décédé …).
D'autres mesures ne trouvent cependant toujours pas satisfaction : ouverture d'un droit à la pension de réversion, possibilité d'une cérémonie d'enregistrement en mairie, amélioration des conditions d'accès au séjour pour les partenaires pacsés étrangers et droits aux congés familiaux pour la signature du PACS...
" La France est complètement en retard. L'égalité des droits, nous ne l'avons pas. Pour moi, au quotidien, ce n'est pas un drame. Mais en y réfléchissant, je sais que j'ai fait le deuil d'avoir des enfants. J'aurais 10 ans de moins, je me dirais : pourquoi pas ?… " lance Yann.
Politiques absents…
Selon un sondage BVA - La Matinale de Canal +, du mois de novembre dernier, 64% des Français sont favorables au mariage homosexuel et 57% sont favorables à l'adoption par des couples homosexuel. Alors que vraisemblablement les mentalités avancent, les politiques traînent des pieds. Nadine Morano, la secrétaire d'Etat à la famille, avait souhaité par une loi, confier à des couples homosexuels l'autorité parentale, redéfinissant le statut de beaux-parents.
" C'est la première loi qui prend en considération la notion de couple du même sexe. Mais elle a été mise aux oubliettes. Elle est passée au printemps, puis reportée à l'automne et on n'en entend plus parler… ", rappelle Yann.
Il y a un an le Président du Conseil général du Jura s'est opposé à une femme pour l'obtention d'un agrément qu'elle sollicitait afin de pouvoir adopter un enfant, qu'elle désire élever avec sa compagne.
Ce refus allait à l'encontre de la décision de la Cour européenne des droits de l'homme, condamnant la France pour discrimination sexuelle. Au final, après une longue bataille, le tribunal administratif de Besançon leur a donné gain de cause, en novembre dernier, en se prononçant en faveur de l'agrément d'adoption.
Culture et société plurielle…
Loin des clichés véhiculés au cinéma ou à la télévision, un grand nombre d'homosexuels ne se reconnaît pas à travers ces " personnages " hauts en couleurs. Un tournant en ce domaine, grand-public, semble avoir été atteint par " Le Secret de Brokeback Mountain ", donnant une nouvelle dimension à ce genre, un impact social avec un vaste écho. De même, en 2008, Sean Penn remporte l'Oscar du meilleur acteur dans " Harvey Milk ".
Pour Pierre, la culture est un support important : " Pour lutter contre la stigmatisation, et proposer une société plurielle, la culture peut être un vecteur pour tous les combats contre la xénophobie, le racisme, l'homophobie, pour l'égalité entre homme et femme. Quand on touche à une liberté, on touche à toutes les libertés… ".
Anne-Marie Muia
Photos © yves Dussuchaud
|
Micro trottoir : que vous évoque l'homophobie ?
Carole, céramiste
" L'homophobie reste un problème d'actualité. On ne s'en rend pas vraiment compte à Limoges, où la communauté homosexuelle n'est pas trop visible. On ne devrait pas être obligé de vivre caché pour vivre heureux. "
Jean-Jacques, enseignant
" Je n'ai jamais senti à Limoges de stigmatisation de l'homosexualité. Mais il faut rester vigilant par rapport à toute forme d'intolérance. Quoi qu'en disent les psychanalystes, l'homosexualité n'est pas une maladie. "
François, maréchal-ferrant
" Limoges, c'est pas franchement la Californie. Il n'est pas d'usage de s'y afficher homosexuel au grand jour. Pour vivre pleinement ses penchants, un de mes amis a ainsi préféré partir à Toulouse… "
|
Et en Europe ?
Au Pays-Bas et en Norvège les homosexuels peuvent se marier et adopter. En Belgique, en Espagne et en Suède, ils peuvent se marier. En Grande-Bretagne et au Danemark ils peuvent adopter. Le Portugal a adopté en première lecture un projet de loi légalisant le mariage homosexuel - mais a rejeté les propositions de l'extrême gauche et des verts en faveur de l'adoption - alors même qu'une femme au Portugal ne peut entrer sans porter des collants dans une église par 40 degrés sans se faire remarquer !
|
|