Keymi, une bombe artistique.

CLERMONTOIS de trente-quatre ans, Keymi vaporise son art « graffique » sur les murs, toiles et palissades qui composent les villes. Entre spontanéité et réflexion, il joue avec la bombe aussi facilement que Picasso avec ses pinceaux. Démonstration à la médiathèque de Gannat où il expose tout le mois de septembre.
INFO : Qui est Keymi ?
KEYMI :Mon vrai prénom est Stéphane. Je suis né à Paris, mais j’ai énormément bougé dans ma jeunesse, pour atterrir finalement à Clermont, en 90. Année durant laquelle, j’ai effectué mon premier « graff ». Je me suis toujours beaucoup intéressé à l’art en général. J’ai étudié seul de nombreuses techniques comme l’aquarelle, la photographie, l’aérographe, pour finalement m’attacher à l’art du « graff ». D’autant plus que cette technique m’est plutôt facile. Rapidement, le loisir est devenu est réelle démarche professionnelle. Je n’en vis malheureusement pas. A côté je travaille aux Messageries de la Presse.
I : D’où vient ton pseudo?
K : Il y a quelques années, j’avais un ami revenant tout juste des Etats-Unis, qui ne cessait de parler de ce pays. Pour le taquiner, je lui ai trouvé un surnom très américain, je l’appelais Mickey. Quand est venue l’heure de me trouver un « nom de scène », j’ai opté pour Keymi, le verlan de Mickey.
I : Qu’est-ce qui t’a séduit dans cet art ?
K : Contrairement à l’aérographe par exemple, c’est un art beaucoup plus physique, plus étendu, à travers lequel on a plus de contacts avec la matière. La gestuelle est plus directe et souvent bien moins réfléchie. Je ne passe pas des heures à travailler les couleurs, façonner des esquisses. A contrario, je ne suis pas aussi spontané qu’on pourrait le croire. Il me faut tout de même une minute pour penser à ce que je vais créer. Je débute toujours par une figure réfléchie, ensuite je laisse libre cours à mon imagination. Parfois, je me retrouve loin de mon idée principale !

I : Quels sont tes sujets et supports de prédilection ?
K : Je peins ce qui me passe sous les yeux. Je m’inspire de bandes dessinées, de magazines, des gens…tout ce qu’on est amené à croiser dans la vie. A partir de tous ces éléments, je crée un univers particulier, un monde qui fait partie de moi. Mais aussi, quelque chose qui va toucher les gens. En tant qu’« art de la rue », il faut que le « graff » soit accessible à tous. J’essaie d’être consensuel.
En ce qui concerne les supports, je peins sur des toiles. Dans la rue, j’aime trouver un lieu particulier, un vieux mur qui a une âme. Je trouve ça plus intéressant qu’une palissade.
I : Pourtant, la loi interdit le graffiti ?
K : Effectivement ! Je travaille beaucoup au culot. Je ne demande jamais d’autorisations. Je cherche le bon endroit et je crée. De toute façon, le « graff » est un art éphémère ! A Clermont en ce moment, il y a beaucoup de renouvellement dans les constructions, alors c’est un vrai plaisir.
I : Existe-t-il une concurrence entre « graffeurs » ?
K : C’est plutôt une concurrence stylistique, une sorte de compétition « graffique » afin de se démarquer le mieux possible. Parfois, c’est à celui qui posera le « graff » dans un lieu risqué, vraiment illégal. Mais ça reste rare. D’autant que nous ne sommes pas nombreux sur Clermont-Ferrand, alors il n’y a pas de problème d’égo !
I: Tu parlais de démarche professionnelle, qu’entends-tu par là ?
K : Je fais quelques expositions, j’ai des commandes pour des particuliers et des associations à assurer. En ce moment je travaille aussi sur un bouquin. Je raconte ce que j’ai fait à Clermont depuis le Tram. Durant les travaux, je m’exprimais sur les pieds cubiques des pylônes électriques. J’y explique donc mes démarches.
Quant aux commandes, j’en ai pas mal sur Clermont. Je fais des fresques pour les chambres d’enfants, des décors pour des bars. Les « graffs » de la rue me font une sacrée pub ! J’organise même des ateliers pour les Mairies, comme à Beaumont, j’ai effectué une fresque en collaboration avec des enfants de maternelles.
Tout ceci est très prenant.
I: Le graffiti fait partie du petit patrimoine malgré son côté éphémère. Laquelle de tes créations aimerais-tu laisser en héritage ?
K : J’aime que mes œuvres disparaissent, ça permet de rétablir un équilibre. Leur durée de vie n’est que de quelques mois voire quelques semaines, tout dépend du support. Mais je n’ai pas de fresques ou de toiles particulières que j’aimerai léguer. Pour moi, le « graff » est avant tout une histoire d’émotions. Une fois que la fresque est terminée, elle ne m’appartient plus, elle appartient à la rue, aux gens.
Propos recueillis par Marie Mendès
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