Christine Rougerie-Dulac : " les résultats fixent les priorités "
LE sport de compétition fait partie intégrante de la vie de la cité. Il en est au-jourd'hui l'un des fleurons en terme d'image. D'où le flirt nécessaire, et parfois chao-tique, entre le monde politique et le monde sportif. A Clermont, Christine Rougerie- Dulac, est en charge des dossiers sportifs à la mairie. Elle est aussi conseillère communautaire. L'ancienne internationale de basket répond à nos questions …
INFO : Comment, en tant qu'élue, avez-vous vécu la dernière finale perdue par l'ASM ?
CHRISTINE ROUGERIE-DULAC : Perdre une telle finale se révèle toujours désolant. Mais ça n'est pas non plus une catastrophe. En fait, l'équipe n'a pu reproduire lors de ce match le jeu développé tout au long de la saison et c'est peut-être la principale frustration. Cela prouve une nouvelle fois que le sport n'est pas une science exacte et combien c'est aussi une affaire de mental. En tous cas, je ne ressens aucun sentiment de fatalité. Dans le domaine de la compétition de haut niveau, la roue finit toujours par tourner et la victoire par être au rendez-vous lorsqu'on s'en donne les moyens…
I : Où en sont les rapports, justement, entre Ville et ASM ?
C.R.D : Les rapports ont évolué dans le bon sens. Nous sommes désormais non seulement sur des échanges de prestation mais nous constituons aussi des groupes de travail pour mener à bien des projets ensemble. A partir de là, cette collabo-ration devient vraiment intéressante, vraiment constructive…
I : L'ASM joue- t- elle vraiment le jeu de la ville ?
C.R.D : Oui, de plus en plus, et en particulier grâce à René Fontès et à l'équipe qui l'entoure. Déjà, il y a le nom ASM Clermont Auvergne. Et puis, il y a la volonté d'œuvrer ensemble sur l'environnement du club et de la ville. Cela peut porter sur les évolutions du stade, sur les axes de communication, les échanges sportifs, la mise en place de projets avec d'autres clubs. J'ai le sentiment que l'ASM Clermont Auvergne est pleinement devenue un acteur de la cité.
I : Autre sujet, celui du Stade Gabiel- Montpied. Quelle impression ressentez- vous lorsque vous y assistez à un match de football ?
C.R.D : On ne s'y sent pas vraiment dans une enceinte sportive. Le constat est fla-grant. Maintenant, il faut se poser la question : comment va-t-on faire pour s'en accom-moder ? Notre souci, c'est d'adapter l'équipement pour réaliser un vrai stade de foot. Comme le permis de construire a été prolongé jusqu'en septembre 2009, nous avons toute l'année pour travailler sur ce dossier. Il n'est pas question de remettre en cause le projet architectural choisi il y a cinq ans mais de l'adapter, de proposer des aménagements, en portant un regard à la fois sportif, urbain et environnemental. Aujourd'hui, un stade n'est plus seulement un équipement sportif, il doit participer à la vie du quartier, pouvoir recevoir d'autres évènements.
I : Existe- t- il une volonté politique d'aboutir le projet ?
C.R.D : Elle est là. Nous travaillons sur des propositions émanant de groupes de ré-flexion. Le choix reste ouvert quant au montage financier à adopter, sachant qu'aujourd'hui les collectivités, écrasées par les charges, transmises par l'état, ne peu-vent conduire seules ce type d'opération.
I : Le Clermont- Foot- Auvergne en Ligue 1 : cela vous semble- t-il une perspective utopique ?
C.R.D : La trajectoire des clubs est compliquée, surtout dans le football où l'environnement n'est pas toujours très sain. Donc, il ne faut pas tirer des plans sur la comète. Nous avons un club qui se construit, qui va bien financièrement. Laissons- le travailler dans la sérénité et donnons- lui, aussi, un outil performant.
I : Le basket masculin a connu une belle désillusion la saison passée…
C.R.D : Le SCBA est arrivé au bout d'un cycle qui l'avait mené de N3 en Pro A. Il a essayé d'évoluer dans le professionnalisme comme les autres clubs, mais avec peu de moyens, trop d'affectif et en suivant la mauvaise politique du basket français. La saison dernière a été cruelle, cela peut arriver dans la vie d'une structure. Maintenant, il ne faut pas la condamner là- dessus. Il convient de profiter de la situation pour monter un projet différent, avec d'autres choix : par exemple, jouer avec moins d'étrangers, privilégier les jeunes formés à Clermont…
I : Les quatre années passées en Pro A n'ont pas amené un engouement spectaculaire du public. En tirez- vous des enseignements ?
C.R.D : C'est vrai, les affluences n'ont pas été extraordinaires. Pour autant, à partir du moment où la situation est supportable pour les uns et les autres, le basket masculin a le droit d'exister. Il ne fait pas partie des priorités actuelles mais ces priorités, ce sont les résultats et le public qui les fixent. Et donc, elles ne sont pas immuables…
I : Le SCAB 63, qui évolue dans l'élite, n'est-il pas devenu le porte- drapeau du basket clermontois ?
C.R.D : Il existe toute une histoire derrière le basket féminin. Mais l'on ne peut pas vivre que de souvenirs. On sait que les sports collectifs féminins souffrent de leur faible médiatisation, qu'ils ont peu de ressources. Le basket féminin français vit comme un sport professionnel mais il n'en a pas les moyens et les collectivités apportent près de 65% des budgets. Dès lors, je me pose la question : la discipline peut- elle exister avec autant d'argent public ?
I : Et puis, il y a les autres sports, ceux dont on parle moins…
C.R.D : Bien- sûr et ils méritent aussi notre aide. Par exemple, le hockey a lui aussi une histoire à Clermont ; il compte de nombreux jeunes sur la glace et le club essaie de se relever. Je pense aussi au base- ball. Ces sports méritent un peu de lumière.
I : Tout autre sujet. Reverra- t- on une étape du Tour à Clermont ?
C.R.D : C'est un peu un serpent de mer. Pendant quelques années, nous avons sollicité les organisateurs et nous n'avons rien vu venir. Après, on nous a dit que le Tour ne pouvait plus venir au sommet du puy de Dôme. Maintenant, il y a Superbesse qui a accueilli à deux reprises les coureurs et la caravane de la " Grande Boucle ". Et je me dis que c'est bien ainsi, que le Tour de France est d'abord celui des champs, des paysages, davantage que celui des villes. Donc, nous n'allons pas pédaler derrière les organisateurs afin d'obtenir une hypothétique étape. Mais la situation n'a rien de figé et d'irrémédiable.
Entretien Marc FRANÇOIS.
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