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» Article paru le : 27/10/2008
» Sur les éditions : Allier
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Une visite aiguisée



La renommée de Thiers n'est plus à faire. Depuis le XVème siècle, la coutelle-rie maintient le renom de la cité auvergnate. Une vingtaine de licenciés de la société Laguiole, dirigée par Gilbert Szajner, se sont réunis dernièrement pour deux journées de synergie avec, comme point d'orgue, la visite d'une entreprise familiale du bassin de Thiers.


Le couteau de A à Z…


Assidus et intéressés. Ces deux mots ont caractérisé les visiteurs. Yeux écar-quillés, questions et réponses éclairées ont rythmé les quelques heures de décou-verte… du couteau ! Et cette usine n'avait pas été choisie par hasard : avec plus de 150.000 pièces réalisées chaque jour dans 12.000 mètres carrés d'ateliers répartis sur deux sites, Tarrerias-Bonjean est le leader français de la coutellerie.
Après la réception des projets, l'étude des produits et la réalisation des plans, la ma-chine est mise en route. A la base du couteau, des bobines d'acier. Elles sont soumises à une législation très stricte qui ne tolère pas plus de13 % de chrome pour la fabrication des couteaux, 18 % pour les couverts. Chaque bobine est analysée. Tout défaut est éliminatoire.
Dans les ateliers règne un bruit assourdissant. Les " clac " des machines qui dé-coupent les bobines résonnent à tue-tête… Ici, les ouvriers manient différentes tech-niques. Le découpage traditionnel, rapide et adapté aux grandes séries, permet de per-forer la bande d'acier grâce à un outil de type poinçon. Procédé plus moderne et plus coûteux, le découpage au laser débite des lames beaucoup plus épaisses et des séries qui demandent une grande précision de coupe. Le couteau vient de naître…
Après la découpe, les lames passent au traitement thermique. Ce procédé leur pro-cure leur qualité : résistance accrue à la corrosion, à l'usure prématurée du tranchant, amélioration des caractéristiques mécaniques, souplesse de la lame… Les couteaux sont chauffés à blanc à plus de 1000° C. Les lames sont ensuite refroidies dans de l'azote liquide avant d'être réchauffées à nouveau, entre 200 et 300°C. La structure moléculaire de l'acier est modifiée. Sa couleur change, il devient plus opaque…
Dans l'atelier de mise à la coupe, la vapeur d'eau embrume la pièce… Pendant la durée du meulage, les lames sont arrosées régulièrement pour éviter que l'acier ne chauffe. Ici, 100% des eaux utilisées sont recyclées dans un bassin en sous-sol. L'usine a d'ailleurs reçu le prix Eco-trophée du Livradois-Forez en 2005 pour la mise en place de cette installation : les eaux usées avec de la limaille d'acier sont récupérées, filtrées et " nettoyées " avant de repartir dans le circuit qui alimente les machines. Les diverses finitions (polissage, affûtage, montage, etc.) donnent au couteau son aspect final et parfois, unique.
Depuis quelques mois, Tarrerias-Bonjean s'est associée avec la société Laguiole. C'est dans les années 1990 que Gilbert Szajner dépose la marque (hors couteau), jus-qu'alors non protégée, et devient PDG de la société. Depuis, ce Parisien n'a cessé de la développer dans le monde entier : vêtements, lunettes, montres, stylos, briquets, par-fums, vaisselle, matériel de chasse et de pêche, etc. A se demander si la société ne s'éparpille pas trop… Aujourd'hui, Laguiole s.a. compte 22 licenciés et en prévoit, à terme, une cinquantaine dans différents domaines, pays et secteurs.
Par son slogan, " Laguiole innove la tradition ", Gilbert Szajner veut monter " le côté dynamique. Il faut que les gens comprennent qu'il ne faut pas rester dans le statique. Si on veut être tradition dans dix ans, il faut commencer à innover maintenant ! " L'abeille a de beaux jours devant elle…


A.G.

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