Société Des vendeuses pas comme les autres
Née aux Etats-Unis, la vente en réunion connaît depuis quelques années un engouement extraordinaire en France. Pratiquée en majorité par et pour les femmes, elle propose des gammes de produits de plus en plus diversifiés alliés à un concept de vente original. Info a rencontré Isabelle, Erica, Christelle et Nicole. Vendeuses de sex toys, Tupperware, bijoux ou robots ménagers, elles nous dévoilent les coulisses de cette profession méconnue.
Christelle et ses accessoires coquins
LA vente à domicile touche tous les domaines, même les plus intimes. Depuis plus d'un an, Christelle est vendeuse de produits dédiés au plaisir féminin mais aussi à celui du couple. Elle est " ambassadrice " de sex toys et d'articles glamour pour la société Abylis, une activité bien acceptée par son entourage. " Pour beaucoup de per-sonnes, les sex toys sont synonymes de perversité : ce n'est pas le cas. A partir du moment où les jeux sont fait entre deux personnes consentantes, je ne vois pas où est le problème. "
Pendant la réunion privée chez son hôtesse, le ton est tout de suite donné. Ici, pas de tabou. On parle de sa sexualité en toute liberté, parfois de manière ludique, entre copines installées confortablement sur un canapé. " Même les plus réservées au départ finissent par se lâcher ! s'amuse Christelle. On se tutoie facilement et des liens se nouent. "
Dans une atmosphère détendue propice aux confidences, elle présente une gamme complète de gadgets, tous plus coquins les uns que les autres : huile de mas-sage, peinture au chocolat pour le corps, lubrifiant, menottes, jeux pour amoureux… " Cela reste soft, explique la jeune femme. Il n'y a rien de vulgaire, j'insiste toujours sur cette idée de glamour. " Puis, au fur et à mesure de la soirée, Christelle présente des produits de plus en plus érotiques, ses sex toys : godes et vibromasseurs. " Je termine toujours par les " stars " qui provoquent toujours des réactions de stupéfaction ! Je pose également des questions pour savoir ce que recherchent les femmes, si elles connaissent le produit… On rentre dans l'intimité des personnes qui, au cours de la soirée, finissent par se dévoiler. "
Une clientèle ecclectique
Contrairement aux idées préconçues, sa clientèle n'est pas simplement composée de jeunes femmes issues de milieux urbains : " Elles ont entre 18 et 60 ans. Il y a tous les styles, de l'étudiante à la cadre supérieure. Il n'y a pas de catégorie type. Ce sont souvent des femmes souhaitant pimenter leur vie de couple. "
Alors qu'elle range son matériel, l'ambassadrice laisse son catalogue à disposition de ses clientes. C'est une autre technique de vente : le prix n'est donné qu'à la fin. " Elles sont généralement agréablement surprises par ceux pratiqués. " Et il y en a pour tous les budgets…
Christelle est payée au pourcentage : elle gagne 20 % des ventes qu'elle réalise, soit une quarantaine d'euros par réunion. Le salaire est maigre. Avec une dizaine de réunions depuis qu'elle a rejoint la société - " car cette pratique n'est pas encore bien démocratisé dans certaines régions " - la vente à domicile représente pour Christelle un revenu d'appoint, mais reste un véritable passe-temps.
Vendeuse et créatrice : la double casquette d'Erica
QUAND on la rencontre pour la première fois, on se dit qu'Erica Scheepers avait tout pour réussir dans le commerce : excellent relationnel, entreprenante, agréable. Mais le monde de la vente à domicile a dû attendre quelques années avant de la voir débarquer ! " J'ai commencé par suivre une formation en gemmologie pour ensuite donner des cours en Thaïlande pendant sept ans. Je m'étais prise de passion pour la pierre ! De plus, quand j'ai commencé à vendre des bijoux, je n'avais pas trop confiance en moi, je ne valorisais pas trop ce que je faisais. " raconte la pétillante jeune femme. Il faut dire que pratiquer la vente à domicile n'est pas donné à tout le monde. " Il faut avoir les reins solides ", reconnaît Erica. " On tutoie l'insécurité tout le temps, et les rentrées d'argent sont aléatoires ". Malgré cela, Erica Scheepers peut se targuer d'avoir brillamment réussi sa reconversion dans la vente en réunion, et même au-delà ! Autodidacte, elle dessine elle-même ses bijoux, avant de les faire fabriquer. " Je me définirais plus comme une chef de projet que comme une créatrice : je m'occupe du design jusqu'à la vente. Je me déplace beaucoup dans toute la France, et même en Europe. Il m'est arrivé de prendre cinq trains dans la semaine pour joindre des villes parfois à 300 km l'une de l'autre ! "
Le syndrome des " bras croisés "
Etre à l'écoute, ouverte, psychologue, observatrice… Et bénéficier d'un très bon ré-seau, tels sont les atouts premiers pour réussir ses réunions particulières. Deux possibilités : recevoir à domicile ou contacter des relations qui se convertiront en hôtesses, lesquelles passeront le message à d'autres copines… Taux de retour : " 95% ! J'ai une fidélisation importante, en partie parce-que ces réunions ont un côté convivial qu'il n'y a pas dans la vente passive ou dans le porte-à-porte. C'est un shopping affectif où on elles se sentent cocoonées. J'ai des clientes qui me demandent sans cesse ce que j'ai de nouveau à leur proposer. Une fois, j'ai eu un fou rire car une petite mamie m'a raconté qu'elle avait perdu dans la mer une bague qu'elle m'avait achetée. Comme elle l'adorait, elle a passé deux jours dans l'eau à la chercher avec son masque et son tuba ! Du coup elle a rachetée la même. "
Pierre de lune, andalousite, saphir orange, améthyste rose ou quartz citron : la réus-site d'Erica tient également en partie à l'originalité de ses parures. Et quand elle déploie quelques pièces de son arsenal de 400 bagues, bracelets, colliers ou boucles d'oreilles, elle observe certains comportements typiques : " il y a le syndrome des " bras croisés ", quand les clientes ne sont pas ouvertes et restent suspicieuses. Elles attendent d'être convaincues. Cela m'est arrivé rarement heureusement ! La majorité des femmes donne aux réunions une ambiance bon enfant : elles fouillent, essayent plein de choses, discutent, rigolent, se regardent dans la glace… Sociologiquement, la vente directe est très intéressante. Et elle apprend l'humilité. "
Les ateliers culinaires d'Isabelle
ISABELLE Strub-Dupontreue aime partager sa passion pour la cuisine et a trouvé un bon moyen pour parvenir à ses fins. Il y a cinq ans, cette Clermontoise de 40 ans a décidé de se lancer dans la vente à domicile après un congé parental. Ancienne commerciale, une " exception dans son entreprise ", elle n'avait pas envie de retrouver une activité professionnelle " classique " et choisit une société bien connue des cuisines pour ses boîtes hermétiques : Tupperware.
Dès son arrivée dans la maison de Claude, son hôtesse, les bases sont données : ici, convivialité et simplicité sont maîtres mots ! Dans les " ateliers culinaires " d'Isabelle, " on fait avant tout des recettes entre copines " avec Chantal, Sandrine, Micheline ou Marie-Thérèse… Une clientèle de tous âges, essentiellement des femmes, de l'étudiante à la grand-mère retraitée, avec " quelques rares exceptions masculines qui viennent avec leurs compagne ".
Le tutoiement est de mise avec les plus jeunes, et au fur et à mesure du déroulement de l'atelier, des délicieuses effluves d'oignons et d'ail viennent embaumer la pièce. Aujourd'hui, le menu c'est nems - un clin d'œil au Nouvel An chinois -, riz vapeur et crumble. Ici, chacune met la main à la pâte, et à la fin se régale des mets préparés… " A la base, beaucoup de personnes viennent apprendre à cuisiner car les ateliers sont gratuits. " Et souvent, elles ne repartent pas les mains vides…
Des réunions entre " copines "
Car ces réunions ne sont pas simplement l'occasion d'apprendre à cuisiner ou de réaliser un bon repas. C'est aussi, pour Isabelle, la possibilité de présenter ses produits et de les vendre. " De 50 à 80 % des ventes au terme d'un atelier culinaire se font grâce au matériel utilisé ", avoue-t-elle. A la fin de sa démonstration, Isabelle reçoit les " cuisinières " une par une pour leur commande, l'occasion de recruter également de nouvelles hôtesses pour des prochains ateliers. Cette réunion lui aura permis de se dégager 100 € net de commissions pour trois heures travaillées. " C'est une assez grosse vente. En moyenne, cela tourne autour de 80 €. "
Aujourd'hui salariée de l'entreprise, son statut VDI de " monitrice team " suggère également la prise en charge de la formation et du recrutement de nouvelles vendeu-ses à domicile. " Mon salaire est différent des présentatrices qui touchent 20 % net sur leurs ventes. Je gagne 15 % mais aussi un pourcentage sur le travail de mon équipe pouvant aller jusqu'à 15 %. "
Un emploi qui comporte de nombreux avantages : " Je n'ai de compte à rendre à personne, précise Isabelle. Je ne suis pas tenue à des horaires particuliers car mon salaire est basé sur des commissions. " Mais pour cela, il faut réaliser quelques con-cessions : Isabelle parcourt le Puy-de-Dôme. Des frais kilométriques non remboursés mais déductibles de ses impôts et " compensés " par du matériel offert par la socié-té. " C'est une excellente école de vente et surtout pas du porte à porte ! insiste Isa-belle. Si l'on ne se bouge pas, on ne gagne rien… "
Nicole Bacconnet, le gène de la vente à domicile
Nicole Bacconnet, en retraite anticipée, fait de la vente à domicile " depuis tou-jours ". Les bijoux, les sous-vêtements, les moules en silicone ou encore les produits de beauté…. sans oublier l'appareil culinaire, le Thermomix signé Vorwerk … n'ont plus de secret pour elle. " Bonjour Mesdames " lance, dans un sourire, Nicole Baccon-net, en préambule à la présentation de l'appareil de préparation et de cuisson. Le prin-cipe de la réunion est celui d'un atelier culinaire, lors duquel la maîtresse de maison reçoit trois de ses amies. En deux heures, chacune des convives met la main à la pâte et réalise en un clin d'œil, qui une pâte à pain, qui un plat cuisiné, qui un sorbet, le tout afin d'entrevoir les différentes possibilités de la machine. " J'ai connu cet appareil en 1971. À cette période la vente à domicile était du porte à porte, explique Nicole. Un jour, une femme a frappé chez moi en me disant " Vous me permettez de rentrer ? Je vais vous préparer votre repas ! "
Conquise, elle achète l'appareil. A l'époque, Nicole est déjà une ménagère inno-vante. " Les voisines venaient me voir cuisiner ! Je l'ai gardé 24 ans, puis, en 1994, je l'ai donné à Emmaüs. Lorsque j'ai vu le dernier modèle, il y a quatre ans, j'avais envie de l'acquérir. Mon mari n'était pas très décidé à me l'offrir, alors j'ai intégré l'équipe des vendeuses à domicile afin de le gagner ! " En effet grâce à quelques ventes concréti-sées, la maison offre l'appareil aux vendeuses qui le souhaitent. "Tout c'est enchaîné et je suis restée ! "
Travail à temps choisi
" J'aime travailler à temps choisi, à mon rythme. Si certaines collègues réalisent six voire dix rendez-vous hebdomadaires, mes deux réunions par semaine me permettent de me changer les idées. Le plus difficile est de remplir l'agenda. Le mieux est de partir de la réunion avec une nouvelle date fixée, mais souvent je dois faire de la relance téléphonique. Côté salaire, les variations sont énormes puisque, en fonction des ventes réalisées, chaque vendeuse gagne entre 100 et 1200 euros (cette dernière somme étant obtenue avec une moyenne de six rendez-vous par semaine).
" J'aime également cette part d'aventure présente à chaque visite, se souvient notre interlocutrice. Quand la porte s'ouvre, on ne sait jamais où l'on va tomber. Un jour, j'ai animé un atelier chez un éleveur au milieu d'une meute de onze animaux. Une autre fois, j'étais entre deux femmes africaines avec leur bébé au sein… "
En revanche, Nicole déplore une certaine méconnaissance de son travail. " De plus, nous n'avons qu'un seul bulletin de salaire par trimestre… Avec des revenus irréguliers… Cette situation peut sembler précaire et même être bloquante pour certaines démarches comme l'obtention d'un appartement… " Nicole a bien l'intention de poursuivre ses activités de vente à domicile le plus longtemps possible !
Géraldine Maraval
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Une loi protectrice
Le VDI (Vendeur à Domicile Indépendant) exerçant son activité auprès d'une clien-tèle de particuliers en dehors des établissements commerciaux, s'engage à respecter strictement les articles L.121-21 et suivants du Code de la consommation relatifs à la protection du consommateur en matière de démarchage à domicile. Il s'engage en par-ticulier à remettre à chaque client un bon de commande l'informant de sa faculté de rétractation dans les 7 jours suivant la date de la commande et à ne pas exiger ou obtenir le paiement du client avant l'expiration de ce délai de 7 jours. Le VDI s'engage par ailleurs à respecter les dispositions du Code éthique de la vente directe, code de déontologie.
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